BRICS et pays dans leur sillage : à l’honneur lors du 2e événement « Exporter Demain ! »

  • by Razvan Prejbeanu
  • Posted in Innovation
  • September 6, 2015
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BRICS et pays dans leur sillage : à l’honneur lors du 2e événement « Exporter Demain ! »

La classe moyenne émergente en Asie, en Afrique et en Amérique latine alimente de plus en plus la demande de produits suisses de tous types. La conquête de la classe moyenne émergente permet d’échapper au franc fort et à l’euro faible. Les entreprises suisses actives à l’international ont compris qu’il fallait utiliser cette stratégie sur le long terme selon Switzerland Global Enterprise (S-GE). L’éclairage donné à l’occasion de l’événement «Exporter Demain!» organisé le 2 septembre à Lausanne par cet office est particulièrement instructif.

D’abord les chiffres. La classe moyenne va doubler d’ici 2030 et elle comptera alors 5 milliards de personnes, majoritairement en Asie. En conséquence, l’Asie sera à l’origine de près de 60% des dépenses de consommation dans le monde. Mais l’Afrique et l’Amérique latine ne sont pas en reste, avec un considérable essor de leur classe moyenne. Les entreprises de FCMG (fast moving consumer goods) auront de formidables opportunités de croissance car à titre d’exemple, les dépenses alimentaires, s’accroissent de 9% l’an dans les dix marchés où l’expansion de la classe moyenne est la plus forte (Brésil, Chine, Egypte, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie, Philippines, Russie, Pakistan).

De ce fait, la plupart des économistes s’accordent sur le fait que les pays des BRICS et ceux qui décollent dans leur sillage vont bouleverser les rapports de forces au niveau économique, constat qui a été souligné par Daniel Küng, CEO de S-GE, à l’occasion de «Exporter Demain!». En outre, la création cette année de la AIIB (Asian Infrastructure Investment Bank), avec l’adhésion de pays traditionnellement dans le camp des USA comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie et la Nouvelle Zélande, au grand dam des Etats-Unis qui ont protesté en vain, montrent que l’hégémonie américaine touche à sa fin au profit d’un monde multipolaire, qui sera sans aucun doute dominé par les BRICS.

La classe moyenne émergente fait naître de nouveaux besoins. Une aubaine pour les entreprises des ICT, des techniques médicales ou de l’industrie. Alain Guttmann, président du Groupe BOBST, a expliqué dans son exposé lors d’«Exporter demain!» que «les pays émergents sont cruciaux pour nous, puisque les consommateurs de ces pays consomment de plus en plus de biens qui sont de plus en plus packagés. Le packaging est en croissance et devient de plus en plus sophistiqué. Nos équipements répondent à cette demande.»

L’Afrique : opportunités exponentielles

Néanmoins, les PME occidentales ont souvent tendance à bouder l’Afrique subsaharienne à cause de stéréotypes éculés, mais selon l’un des intervenants d’«Exporter demain!», le continent de l’avenir, c’est l’Afrique. C’est ce qu’a déclaré lors de cet événement l’ancien général de division Marc Foucaud, qui a commandé la force française au Mali. Il a souligné que grâce à l’augmentation de la classe moyenne sur ce continent, la demande de biens de consommation, d’infrastructures de meilleure qualité et de produits issus du secteur des ICT s’accroissent.  Non seulement, les perspectives économiques sont énormes, mais surtout le ROI africain est le double de la moyenne mondiale. Ainsi, les Africains ont sauté une révolution technologiques passant du « pas de téléphone fixe » au téléphone mobile utilisé pour toutes les transactions que ce soient bancaires ou pour consulter le cours des matières premières pour les agriculteurs. En effet, un exemple tiré du livre Chindiafrique (2013, éd. Odile Jacob) illustre bien le potentiel africain : le magnat de l’ICT en Afrique du Sud, Phuthuma Nhleko, a réussi à s’implanter dans 21 pays africains et symbolise l’innovation entrepreneuriale à l’africaine, pesant plus de 135 millions d’abonnés.

Les changements démographiques analysés dans le livre Chindiafrique, qui sont venus dans la lignée de livre comme Chinafrique par opposition à la Franceafrique (ce qui montre bien le basculement des rapports de force) expliquent les tendances à long terme dont peuvent s’inspirer les PME suisses romandes. En effet, la Chine pourrait passer le témoin à l’Inde en tant que premier marché (et puissance) mondial puis à l’Afrique subsaharienne, dominé selon le livre Chindiafrique par le Nigéria vers 2030-2040 (pays dont le groupe de l’entrepreneur Arold Ekpe – Ecobank – est le plus puissant acteur bancaire d’Afrique). En effet, le point de bascule se situera vers 2030-2035 lorsque l’Afrique passera devant la Chine et l’Inde au niveau démographique atteignant 2 milliards d’individus en 2050, alors que la Chine commencera une courbe descendante vers 2040, date vers laquelle la population indienne se stabilisera vers 1,5 milliards.

Le prochain Google sera suisse

C’est sous ce titre volontairement catchy que le Conseiller national et président de l’organisme Le Réseau est venu présenter son nouveau livre qui titre le « Le prochain Google sera suisse (à 10 conditions) ». La mission de Le Réseau est de développer des conditions-cadre favorables à l’entrepreneuriat et à assurer l’innovation afin de faire de la Suisse une « start-up nation » grâce notamment au transfert de technologies. En effet, ces 10 conditions sont très importantes car contrairement aux idées reçues, la Suisse n’est pas leader dans l’innovation dans les classements basés sur le Global Innovation Index (2014 / Wipo / Insead). En effet, ce classement ne tient pas compte de certains éléments dont le plus inquiétant, la vitesse à laquelle les pays émergent ont ou vont rattraper la Suisse en matière de R&D. Ainsi, dans le Compass Start-up Ecosystem 2015, aucune ville helvétique ne figure dans le top 20 alors que 3 métropoles de BRICS y figurent. Quant à l’index qui mesure la facilité pour créer une start-up, la Suisse ne figure qu’à la 61e place.

En d’autres termes, la Suisse pour rester compétitive doit sans cesse innover. On l’a vu dans le cas de la fuite des clients vers Singapour et Dubaï dû à la fin du secret bancaire, le manque d’anticipation peut s’avérer catastrophique. Bien qu’en situation de crise, l’Helvétie, grâce à ses talents réussit à se réinventer, on l’a vu avec la création de la Swatch qui a sauvé l’industrie horlogère de la concurrence japonaise, cela n’est pas suffisant. Les stratégies à long terme et l’investissement public dans l’innovation sont une condition sine qua non pour assurer que notre pays reste dans le top.

Exemple d’innovations stratégiques suisses

Au niveau des start-ups suisses, le COO de CombaGroup, Monsieur Stephan Favre, a présenté lors de l’événement « Exporter  Demain ! » son innovation consistant en la production automatisée de salades. Invention à double titre. Premièrement, cette start-up privilégie les circuits courts ce qui est écologique puisque cela diminue la pollution liée aux transports à longue distance. Cet aspect écologique est rendu possible de la façon suivante : Combagroup innove grâce à un système de chauffage optimisé, breveté, consommant peu et ne coûtant pas grand-chose. Donc besoin de beaucoup fois moins d’espace pour cultiver la même quantité de salade. Donc fini le casse-tête pour trouver du terrain puisque la culture peut s’installer au plus près des consommateurs. Deuxième innovation qui découle de la première, en cultivant dans une serre chauffée, il est possible de réaliser des cycles de culture toute l’année contre seulement 2 en plein champ, sans se ruiner, et ce grâce à ce fameux système de chauffage optimisé. Mais surtout, et cela résume bien le marché phénomémal résultant de la croissance de la classe moyenne émergente captable grâce aux innovations de cette start-up, le CEO de Combagroup, Monsieur Favre, a souligné « we are using only 1% of the water needed to produce one salad in a regular field, just 1%, it’s important for developing countries and we are using only 10% of the land needed to produce regular salads, so all this together gives you an idea in how the developing countries will be interested […] they are looking to eat as we do : they want to have salad at Christmas time. […] we supply salad next to your door, all year round.”

Voilà de belles opportunités d’affaires en perspectives. Mais encore une fois, l’Helvétie ne doit pas s’endormir sur ses lauriers mais continuer à chercher l’innovation et l’excellence, car au niveau processus et services, comme on l’a vu dans l’histoire de la fin du secret bancaire, d’autres places économiques peuvent nous passer devant en usant des mêmes arguments qui ont fait la réputation de notre pays à savoir « qualité, innovation ».

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